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Confronter l'optimisation en s'inspirant du vivant

Olivier Hamant

avril
2021

10h30–12h30
(env. 120')

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La crise (au sens de « krisis ») peut être un moment fertile de réflexion sur notre trajectoire, nos convictions, nos pratiques. De ce point de vue, le milieu intellectuel (pour faire vite) présente un certain nombre de faiblesses structurelles. Notamment, le jeu de l’argumentation peut tendre le piège de l’auto-justification et du conservatisme. Les chercheurs n’y échappent pas, avec des projets misant encore aujourd’hui sur des incréments de performance, alors même que ceux-ci deviennent contreproductifs dans l’Anthropocène. De ce point de vue, la sidération face à la crise pourrait être (ré)génératrice en offrant un espace pour accueillir l’inversion des paradigmes en cours. Par exemple, nous utilisons encore la matière pour gagner du temps (civilisation du pétrole) ; à l’avenir nous pourrions plutôt utiliser le temps pour préserver la matière (bio-économie). De même, nous exploitons encore les écosystèmes pour augmenter la production (révolution verte) ; nous pourrions plutôt utiliser la production pour nourrir les écosystèmes et leurs services (agroécologie). Au-delà des objets de recherche, c’est bien l’épistémologie, le processus de création des connaissances, qui est questionnée. Une révolution profonde est en cours. C’est notamment la science citoyenne, la recherche-action, la recherche transdisciplinaire, qui toutes déplacent les savoirs sur un autre terrain, des laboratoires vers la société, du primat aux stratégies vers le primat aux questions. Cette mutation engage également l’enseignement : pédagogie vs. andragogie ; cours magistral vs. apprentissage actif ; enseignement top-down vs. classe inversée. Émerge de façon transversale la notion de résilience, c’est-à-dire notre capacité à nous adapter et à nous transformer face aux fluctuations socio-environnementales actuelles et à venir. Quels mécanismes, quelles pratiques, quels récits pour une trajectoire viable? Les systèmes vivants trouvent les moyens de s’adapter et de se transformer, non pas dans l’efficience et l’optimisation, mais bien plutôt en mobilisant des inefficacités (aléatoire, redondance, lenteur, incohérence…). Cette sous-optimalité fonde leur robustesse. Le vivant offre ainsi une réponse déroutante à notre seule certitude, le maintien de l’incertitude. Le milieu artistique, dans sa dimension systémique, est un acteur structurel et un catalyseur des basculements sociétaux en cours. C’est peut-être dans une sous-optimalité revendiquée que l’art peut explorer les ressorts de sa résilience, et par immersion, de celle de la société. La transposition opérationnelle d’une telle philosophie pose à son tour de nombreuses questions, existentielles?


texte : Olivier Hamant

 

repères biographiques : Olivier Hamant, chercheur biologiste à l'INRAE (agriculture, alimentation, environnement), à Lyon, France, étudie le développement des plantes en utilisant des approches de biologie, de mécanique et de modélisation. Il a notamment révélé comment les plantes utilisent les forces présentes dans les tissus pour percevoir leur propre croissance, une forme de proprioception. À travers le concept de sous-optimalité, il explore comment les organismes vivants favorisent généralement l'adaptabilité à long terme plutôt que l'efficacité à court terme. Ces questions de robustesse et de résilience font écho aux nombreux débats sur l’Anthropocène. Cela a amené Olivier à s’impliquer dans des formations initiales et continue sur la question environnementale (campus Anthropocène de Lyon et à Berlin) et dans des projets art et science dans le cadre de l'institut Michel Serres. Il publiera un livre sur sous-optimalité et Anthropocène en 2021 (Ed. Odile Jacob). Parallèlement à son poste de chercheur à l’INRAE, il est également associé aux universités de Cambridge (Royaume-Uni) et de Kumamoto (Japon). Il est le rédacteur en chef d'une nouvelle revue, Quantitative Plant Biology, qui promeut la pensée systémique et la science citoyenne en biologie végétale.